Bientôt à l'affiche de "Matrix 2", elle tourne actuellement dans "l'Homme de guerre", un film de Bruce Willis. Retour avec Monica Bellucci sur les remous qu'ont provoqué la sortie d' "Irréversible".
Avec "Irréversible", pensez-vous avoir réalisé la meilleure performance de votre carrière ?
Je n'en sais rien. Pour moi, devenir une actrice fut déjà une performance. Ce fut à la fois difficile et excitant. J'ai voulu travailler avec Gaspar Noé et j'ai aimé son travail. J'avais vu "Carne" et "Seul contre tous" et je savais qu'il avait un point de vue particulier, une vision étrange des choses qui m'a interpellée. Quand Vincent m'a dit que Gaspar voulait travailler avec nous, j'ai été enchantée. C'était une voie de travail complètement nouvelle, comme une friche. Vous avez pu le voir dans le film, il est capable de laisser ainsi tourner la caméra à terre pendant 20 minutes sans même une coupure au montage. J'ai dû améliorer mon français qui n'est pas ma langue maternelle et j'avoue que j'ai été effrayée de ne pas être à la hauteur, avec toutes ces choses à faire et à dire !
Qu'est-ce qui a été le plus difficile ? - la scène de viol en lui-même qui dure neuf minutes, ou les scènes d'ébats amoureux dans votre chambre à coucher avec votre mari Vincent Cassel ?
Etre nue ne me pose pas de problème particulier d'autant que la scène avec Vincent était belle, poétique, un peu comme la vie de tous les jours. Quant à la scène de viol, elle n'a rien de voyeuriste. Je pense qu'il y a quelque chose de pudique, d'élégant et de propre dans ce qu'a accompli Gaspar. Pour cette scène (le viol), il a posé la caméra dans un endroit et nous a donné toute la liberté que nous avons voulue. Il n'y a pas de plans sur nos visages et vous n'avez rien vu dans le détail, ni mes seins, ni mon sexe. Tout est propre et "clinique" et c'est pourquoi cela semble insoutenable.
Quand avez-vous vu le film pour la première fois ?
En fait, je l'avais déjà vu une fois juste avant mon départ pour Hawaii où je tourne avec Bruce Willis mais c'était une mauvaise copie et il n'était pas vraiment terminé en terme de post-production.
Ce film, c'est la voie idéale pour perdre votre image de femme lisse et "intouchable" ?
Je pense que c'est ma faute si j'ai cette image de femme intouchable. Je suis devenue actrice parce que j'ai rêvé de toutes ces belles actrices italiennes, comme Sophia Loren, Monica Vitti ou Gina Lollobrigida. Cette espèce de sensualité, j'ai essayé de l'atteindre, maintes et maintes fois, en vain. Gaspar, lui, m'a inspirée et m'a tendu la main, de l'autre côté du miroir. Il a fait de moi une femme... réelle.
Etes-vous effrayée de ce qui pourrait arriver à votre carrière suite à ce film quand même très particulier ?
Aucunement. Puisque je serai prochainement dans "Matrix 2 - Reloaded" et que c'est la meilleure façon pour moi de ne pas m'enfermer dans un carcan.
Quand j'ai commencé ce travail d'actrice, j'étais loin de penser, italienne de surcroît, que tant de possibilités me seraient offertes. La France, l'Italie, l'Amérique... je suis gâtée...
Est-ce que c'est la célébrité qui vous intéresse ?
Je suis intéressée par la liberté. Celle que confère la célébrité. Aujourd'hui, je suis enfin libre. J'adore l'idée de pouvoir toucher à tous ces concepts aussi différents. Par exemple être dans "Matrix 2 - Reloaded", c'est génial. Mais il faut aussi faire ses choix en fonction de son talent. Je dis non à un tas de choses ! Je milite pour la liberté de choix des actrices !
Après avoir travaillé avec Gaspar, est-ce difficile de revenir vers des réalisateurs, disons, plus classiques ?
Je suis très chanceuse parce que je suis Européenne et je peux aller tourner des films comme "Matrix" puis rentrer ici faire "Irréversible". En Amérique, ils seraient incapables de fonctionner ainsi à cause de leur puritanisme. En réalité, je regrette qu'on ne fasse plus de films comme "Body Heat" et tous ces genres de films "osés" qu'on a pourtant fait en Amérique dans les années soixante-dix. Aujourd'hui, les Américains ont peur "qu'on les touche". Tout doit être très "clean", aseptisé. Ils ont peur du sexe à l'écran, mais curieusement, pas de la violence...
Vous semblez être prête à faire beaucoup de choses, comédie, thriller, films d'épouvante ?
Le plus important pour moi, c'est le réalisateur et ce qu'il attend de moi, même si je suis OK avec le scénario. Il y a 2000 façons de jouer le même rôle. Mais le facteur déterminant, c'est la personne qui va vous diriger, vous aiguiller.
Qu'avez-vous pensé de toute cette agitation autour de "Irréversible" ?
Je ne l'ai pas comprise. Revoyez des films comme ceux de Pasolini ou Kubrick, ils sont également très violents. Bien sûr, c'est important de tenir compte des réactions que ce film a suscitées, mais moi, je devais le faire, et c'est chose faite !
Quelle sorte de préparation avez-vous subi ?
Je ne peux pas vraiment en parler parce que la préparation était un travail... très privé. La plupart du temps, cinq minutes avant de tourner, je ne savais même pas ce que j'allais faire...
Selon vous, Gaspar Noé, le réalisateur, aime-t-il la violence ?
Les gens disent qu'il doit aimer la violence parce qu'il fait des films violents, mais pas du tout. Il déteste la violence et s'il est très touché, il pleure... La vengeance est un instinct naturel. La violence peut aller vers une direction, et ne jamais revenir, d'où "Irréversible".
Est-il facile de travailler avec quelqu'un que vous connaissez si bien ?
Avec Vincent ? Oui. C'est beaucoup plus simple avec quelqu'un qu'on aime. Nous n'avons pas fait vraiment la conversation le soir en rentrant à la maison. Pour rester intact pour le rôle, il nous fallait "débrancher".
Quel est votre rôle dans le film de Bruce Willis "l'Homme de Guerre" ?
J'y campe un médecin humanitaire. Je respecte Bruce Willis parce qu'il n'est pas seulement une star, mais un acteur hors pair. Il essaye d'apporter quelque chose de différent et pas simplement du "Die Hard", "Incassable" ou "le Sixième Sens". J'ai voulu travailler avec lui et aussi avec le réalisateur Antoine Fuqua. Sans même avoir vu le résultat de "Matrix 2", j'ai eu de nouveau envie de retravailler avec lui.